Un Malouin “backstage”


Il promène son sourire et sa mine bronzée sur les plateaux de télévision. Fidèles de “C’est pas trop tôt”, les matins sur M6, de 7 à 9 heures, la “positive attitude” de ce chroniqueur ne vous a pas échappé ! On retrouve ce Malouin d’origine à Paris, dans son appartement du XVIIe arrondissement, en pleins préparatifs de la treizième édition du festival de Dinard. « Nous sommes tous des bénévoles au sein d’AMCS , l’association que je préside et qui organise le festival de mode, glisse t-il en modulant le son de la chaîne stéréo. Je ne pourrais vivre sans musique », s’excuse cet ancien danseur formé au Conservatoire de Rennes et à l’Institut pédagogique d’art chorégraphique de Paris. Dominique Damien Réhel  n’a pas oublié son arrivée dans la capitale, «en même temps que Stéphane Marais », autre Malouin devenu le maquilleur des stars et la star des maquilleurs. Dans le hall d’immeuble de sa studette d’étudiant, rue de Varenne, il croisait parfois une belle femme. Il apprit qu’il s’agissait de Romy Schneider, lors du suicide de l’actrice dans ces lieux.

Monitorat de danse en poche, il écuma les castings : « J’avais 20 ans, je ne voulais pas enseigner tout de suite ; ce que je voulais c’était  danser ». Peu à peu, il se mit à imaginer des chorégraphies. La fréquentation des gens de la mode et son goût du spectacle en feront un scénographe de mode de talent. Son premier défilé pour la marque Blanc Bleu, en 1992, fut suivi de beaucoup d’autres pour des griffes du prêt-à-porter féminin, comme Weinberg, Zapa ou Max Mara, et pour des maisons de couture et de haute couture. Les plus grands font appel à lui, à l’image de Jean-Paul Gaultier, dont il orchestra un défilé à l’Olympia. « Je mets en scène les défilés, je recherche de jolies configurations pour mettre en valeur le vêtement, je fais les choix de musique. C’est un travail mené avec l’équipe du couturier ou du créateur », décrit-il avec la passion qui le caractérise.


Bain de mode à Dinard

« Je me suis dit : pourquoi ne pas décentraliser la mode ? », explique ce wonderboy des podiums. Le Palais des Arts et du Festival de Dinard s’enflamme depuis devant les défilés chorégraphiés par Dominique Damien Réhel. Dans la station balnéaire bretonne, il a mis son talent au service de pointures de la mode, de Monsieur Paco Rabanne  à Jean-Charles de Castelbajac en passant par Lolita Lempicka. Sa fierté : avoir réussi à faire du festival de Dinard un événement de portée internationale, d’où ont émergé espoirs et valeurs sûres de la profession. Eymeric François ou Christian Tournafol comptent parmi les précédents lauréats. Le festival de mode de Dinard, lancé en 1993, est devenu un vrai tremplin pour des stylistes au talent prometteur, des jeunes, pour certains autodidactes, pour d’autres encore à l’école.

Il poursuit : « Nous recevons 200 à 250 dossiers chaque année, notre jury en retient cinq pour une collection dédiée à l’homme et cinq à la femme ». Pendant les trois jours de la manifestation, les apprentis créateurs exposent les modèles les plus représentatifs de leur collection, sous le parrainage de hautes personnalités de la mode qui étudient leur travail sous toutes les coutures. Le festival de Dinard prend les lauréats sous son aile pour qu’ils se fassent un nom. Stand au salon “Who’s Next” et dotations de la Ville de Paris, de la fédération française des dentelles et borderies, du  Ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative : les heureux élus vont bénéficier de précieux appuis pour leur lancement professionnel et d’une logistique pour l’organisation de leur premier défilé parisien qui sera le sésame de leur vie professionnelle. Fin avril, la Côte d’émeraude accueille les jeunes créateurs de mode, mais aussi les célébrités. Un côté showbiz, très people, indissociable du personnage de Dominique Damien Réhel. Pour une fois que la Bretagne se la joue mode et glamour, on ne va pas se plaindre !


Entretien avec un wonderboy des défilés

Ronan Le Flécher (RLF) : Le festival des jeunes créateurs de mode a énormément apporté à Dinard.

Dominique Damien Réhel (DDR) : Tout comme Dinard nous a apporté. Je suis très reconnaissant à son maire Marius Mallet de nous avoir ouvert les portes de sa ville voilà douze ans. Je me souviens qu’il m’avait reçu sans rendez-vous et avait tout de suite dit « banco ». Ici, les gens aiment la mode. Nous avons accueilli 27 000 visiteurs en 2005. Grâce au festival, on parle de Dinard et de la Bretagne dans le monde entier. Pourtant, nous ne recevons aucune aide du département ou de la région !

RLF : Le festival est-il réservé à quelques “happy few” ?

DDR : En aucun cas. Je veux ouvrir la mode à tous. C’est un milieu de rêve et les gens ont besoin de rêver dans un monde si difficile.

RLF : L’événement a t’il décollé dès son lancement ?

DDR : Il a mis environ trois ans pour se canaliser et trouver le juste milieu entre création et portabilité.  Être ludique, c’est bien, mais il faut diffuser et vendre les vêtements. Le tournant pour le festival a eu lieu avec la venue de Paco Rabanne. Chaque année, il répond présent et fait un très beau cadeau aux jeunes créateurs qu’il écoute et conseille. Un défilé-rétrospective de ses modèles portés par les plus grandes stars des sixties, comme Audrey Hepburn ou Jane Fonda, a ouvert l’édition 2005 du festival.

RLF : Quels anciens lauréats du festival ont percé dans le métier ?

DDR : Je pense à Christian Tournafol qui vit aujourd’hui entre la Bretagne et Paris, à Eymeric François qui a gagné en 2000 ou à la Suissesse Caroline Rufenacht. Gardez un œil sur Cheikha Bamba Loun, le styliste sénégalais de 20 ans qui a remporté le grand prix mode masculine avec des créations très bien coupées en jean.

RLF : Sans les people, il manquerait un je-ne-sais-quoi au festival des jeunes créateurs de mode de Dinard, non ?

DDR : Bernard Montiel, Laurent Boyer, Max et Magloire de « C’est pas trop tôt » sont des fidèles du festival. Cette touche showbiz représente un plus pour le festival. France 3, TV Breizh et même le 20 heures de TF1 nous ont consacré des sujets l’an passé. Un formidable succès médiatique ! N’oublions pas l’adjointe au Maire de Paris Lyne Cohen-Solal et les personnalités de la mode : Paco Rabanne bien sûr, Eymeric François, Mick Fouriscot, François Lesage, grand monsieur de la broderie, Stéphane Rolland de Jean-Louis Scherrer, Daniel Faret et Franck Boclet de Francesco Smalto.

RONAN LE FLÉCHER