BREIZH GLAMOUR, LA BRETAGNE ENFLAMME LES PODIUMS
Par Ronan Le Flécher,
mardi 27 février 2007 à 09:04
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Jean-Paul Gaultier prend pour muse une Bigoudène, sexy en diable sur talons aiguilles. Des costumes traditionnels revitalisés, modernisés, actualisés font leur show avec des filles modernes, belles et désirables. Image insolite de “Breizh icônes” intemporelles et subtilement glamour vue à Paris lors de la “Fashion Week” de prêt-à-porter été 2006. Breizh glamour, féminité bretonne, tendance Bretagne… La Bretagne revient illico dans les pages mode des magazines. Coup de projecteur sur les plus grandes heures de la Bretagne sur les podiums de mode.
"Breizh touch"
“Il y a encore dix ans, le fait d’être breton, hors les clichés ‘têtu et borné mais dur au mal’ faisait plutôt plouc. Maintenant, cela deviendrait presque branché”, écrivait il y a peu l’hebdomadaire À Nous Paris[1] avant d’ajouter que loin des clichés, les créateurs bretons conjuguent la coiffe et les bigoudènes à la modernité”. Après la lame de fond de la musique, une vague bretonne peut-elle déferler sur la mode ? On en est encore loin. Bien sûr, la Bretagne peut se montrer fière de sa “haute couture paysanne” riche de 66 costumes et de 1 200 variantes. Populaire hier, bien loin des modes en vogue à la cour, signe de reconnaissance entre les paroisses, puis simple uniforme rejeté par toute une génération, le costume breton réapparaît de manière sporadique chez les griffes de haute couture et de prêt-à-porter de luxe les plus connues. Et pas plus tard que début octobre au cours de la semaine de prêt-à-porter printemps-été prochain. Les vrais mordus de mode se mourraient d’impatience en attendant la présentation de la collection Jean-Paul Gaultier. Ils n’ont pas été déçus ! Cette fête aux accents champêtres a ravi les people qui s’étaient pressés au premier rang du défilé. Le couturier à la marinière avait transformé l’espace en un champ de paille où s’égrenèrent des modèles mêlant avec bonheur tradition et créativité, influences russes et références bretonnes. Plusieurs créations ont réinterprété le costume breton avec glamour, chic et humour : sous des coiffes bigoudènes, un tutu de paille, un boléro brodé d’épis, des bas flashy qui s’interrompent à la cuisse et des escarpins. Pas la tenue idéale pour arpenter le bitume des villes.
Jean-Paul Gaultier ou l’éloge de la Bretagne
Voilà donc que la Bretagne revient ponctuer les défilés de mode. La “Breizh attitude” serait-elle dans le vent ? Nelly Rodi[2] qui sait flairer les nouvelles tendances avant tout le monde nous promet pour 2006/2007 un hiver celte. Quelques mois plus tôt, cette Bretonne de cœur avait déjà repéré dans la collection automne-hiver de JPG un modèle en forme de clin d’œil à la Bretagne : une veste en velours brodée de fil d’or et fermée par des boutons dorés. “Pour ce modèle, Jean-Paul Gaultier s’est inspiré du gilet Melenik. Dommage que les journalistes n’aient pas précisé la véritable origine de cette pièce”, regrette-t-elle. Bizarrement estampillée “veste d’officier par Elle et Madame Figaro, cette pièce a séduit “des femmes très mode, souvent des étrangères, qui aiment porter des vêtements très stylés”, apprend-on à la boutique Jean-Paul Gaultier sur l’avenue Georges V, Paris. Comment être tendance sans ressembler à toutes les “fashionistas” ? S’offrir vite ce petit bijou de 2 000 € ... Décidément, Gaultier est un récidiviste : une Bigoudène revampée, un gilet traditionnel repensé et retravaillé avec talent sans oublier le célèbre pull marin sorti au milieu des années 80 : “ce modèle à rayures reste une belle image de la Bretagne”, s’exclame Dominique Damien Réhel, président du festival international des jeunes créateurs de mode de Dinard.

Haute-couture paysanne
Nelly Rodi dit toute son admiration pour “cette espèce de Popeye, auteur de pièces magnifiques, comme ce pull marin bordé de dentelles”. Et d’ajouter que : “Jean-Paul Gaultier est, avec Christian Lacroix, l’un des seuls créateurs actuels capables d’interpréter ces vêtements avec un tel talent”. Grâce à Christian Lacroix justement, voici le costume breton dans toute sa splendeur. Lors du lancement du magazine Côté Ouest, celui-ci avait donné une coup de jeune au costume breton en le revisitant de manière très contemporaine. Époustouflante leçon de mode sur un vêtement traditionnel parfois chahuté par les créateurs. Le costume breton en a ainsi vu de toutes les couleurs avec le fantasque Paco Rabanne et sa collection haute couture 1992 dédiée à la Bretagne. Un déploiement guère au goût des rédactrices de mode et des puristes : “un bagad sur scène et des sonneurs de Montparnasse, avec des vestes longues ou courtes, avec de la broderie, des incrustations, des chapeaux ronds, confiait récemment le couturier basque au magazine Bretons. La Bretagne a toujours été pour moi une source d’inspiration et une source de vie”. Loin d’entretenir un lien aussi passionnel avec la Bretagne, Yohji Yamamoto a puisé à l’occasion son inspiration dans les costumes bretons et dans ses broderies. Une exposition, l’hiver dernier au Musée des Arts Décoratifs de Paris, consacrée au couturier japonais au style épuré nous dévoilait plusieurs de ses modèles fétiches.

Le Drezen, l’âme celte de la mode
Christian Le Drezen aimait la Bretagne et a su, comme aucun autre créateur, en restituer l’âme. Celle des pardons de Sainte-Anne-la-Palud. Celle des légendes de la ville d’Is. Le style très moderne de ce créateur originaire de la Presqu’île de Crozon nous a dessiné des formes amples et longues habillées de jupons-tabliers en lainage, paletots ou gilets plongeant leurs racines dans la celtitude. “Christian Le Drezen a marqué les esprits par son talent et sa gentillesse”, rapporte Dominique Damien Réhel. C’est assez inhabituel dans un monde aussi féroce que celui de la mode pour être souligné. “Tous les gens du métier avaient un très grand respect pour un travail absolument magnifique réalisé à partir de matières très nobles. C’était presque de la couture”, ajoute le président du festival international des jeunes créateurs de mode qui l’avait invité à Dinard en 2001. Nelly Rodi a encore en mémoire son univers onirique, et notamment ses “ravissantes robes de fées des landes en organza irisé comme des ailes de papillon”. L’apparition, après le naufrage du pétrolier Erika, de sa mariée richement parée de dentelles, de broderies et de pépites de cristal noir constitua le couronnement d’une étoile filante de la mode. En 1997, il créait sa marque de prêt-à-porter femmes. À 32 ans, invité par la Fédération de la Couture, il défilait dans la cour des grands, au Carrousel du Louvre. À 40 ans, en proie à une grande solitude, il se donnait la mort. Mariage heureux de la mode et de l’esprit celte, les créations de Le Drezen se sont aventurées sur un terrain guère exploré à ce jour. “Le côté authentique de la Bretagne, au travers de la terre et de la mer, a été largement exploité par la mode. Ce n’est pas le cas du côté légendes, enchantement et romantisme”, observe Nelly Rodi.
Tournafol et Val Piriou, créateurs “made in Breizh”
Certains créateurs bretons ont renouvelé avec succès les codes du costume traditionnel, parmi lesquels Christian Tournafol et Val Piriou. Tout imprégné du costume bigouden, le Briochin avait ciselé en 1996 une collection saluée avec enthousiasme. “Le costume bigouden avec ses couleurs jaune, orange et noir, et des broderies somptueuses est mon préféré, déclarait alors cet inconnu à l’avenir prometteur . J’avais à cœur de ne pas laisser mourir ces costumes à la personnalité très riche”. Grand prix du festival international des jeunes créateurs de mode de Dinard l’année suivante, le designer a connu une ascension rapide, raconte Dominique Damien Réhel : “Christian Tournafol est un garçon très talentueux. Il a monté ses premiers défilés aux Lices à Rennes et dans la gare Montparnasse où sa mariée en Bigoudène a fait sensation.” On se souvient en effet de cette Bigoudène, tape à l’œil mais classe, qui avait fait la couverture du mensuel breton armor[3]. Après s’être fait le chantre de la Bretagne le temps d’une collection, Christian Tournafol, 38 ans, n’a plus jamais renoué avec l’inspiration bretonne. Il vient de lancer avec Nathalie Goyet “Les racines du ciel”, une marque qui fait la part belle aux textiles écologiques. Val Piriou, c’était la griffe glamour d’une Bretonne, peu connue dans son pays, qui a réussi à Londres et aux quatre coins de la planète. Elle a habillé notamment Madonna. “Val Piriou avait une démarche très moderne pour son temps, fruit du mélange entre ses origines bretonnes et cette vie londonienne hype”, expose Nelly Rodi. Cette styliste, décédée en 1995 à 32 ans, avait été formée aux Beaux-Arts de Quimper et Rennes puis à Paris. Partie trop tôt, mais suffisamment pour bouleverser les traditions avec cette pointe d’inattendue qui surprend agréablement. Avec inventivité, audace et humour, Val Piriou a donné un nouveau relief au costume breton du XIX e siècle. Entre ses mains, il est devenu sexy, zippé, déhanché. De merveilleux petits gilets, des robes du soir très courtes, des vestes et même des sous-vêtements…
Cap sur Dinard
“Le grand public attend la Bretagne”, assène Nelly Rodi. Depuis Le Drezen et Tournafol, la Bretagne s’était faite bien discrète dans la mode jusqu’à ce que Jean-Paul Gaultier la propulse à nouveau sur les podiums et dans les magazines sur papier glacé. En Armorique, point de grands noms de la mode. La région compte néanmoins des marques grand public comme Armor Lux, Le Glazik, Cache-Cache, François Le Villec ou des nouvelles venues comme Al’aise Breizh ! ou Héritaj’. Peu de jeunes créateurs non plus. Trop souvent, les stylistes bretons cherchent dans le développement de lignes accessoires ou l’ouverture d’une vitrine commerciale sur Paris une stratégie à moyen terme. Ils se battent en solo, sans réelle assistance logistique ou financière. Pour épauler les jeunes qui débutent, Dominique Damien Réhel a lancé en 1993 le festival international des jeunes créateurs de mode . Le rendez-vous de Dinard s’est rapidement imposé comme un tremplin pour les lauréats parmi lesquels figurent Eymeric François ou les Bretons Christian Tournafol et Romain Couapel. Pendant trois jours, expositions, forums et défilés ouverts au public se succèdent sous l’œil attentif des professionnels de la mode, des journalistes et des institutionnels. Dix jeunes créateurs exposent les modèles les plus représentatifs de leur collection. Le Malouin Dominique Damien Réhel nous promet une treizième édition du festival placée sous le signe du costume breton. Comment relifter un vêtement qui a habillé des générations de Bretonnes ? En misant sur des nouveaux talents qui créeront une robe de mariée … à la mode de Bretagne et dans un registre contemporain. Les broderies souffleront leur modernité sur le Palais des Arts de Dinard - la maison Le Minor est annoncée - et les velours et autres satins feront feu de tout bois au rythme de la musique des défilés. “Je concocterai une mise en scène très celtique”, dévoile le président du festival, par ailleurs chorégraphe de mode et chroniqueur dans l’émission “C’est pas trop tôt !”sur M6. Un esprit d’avant-garde devrait donc animer au printemps prochain la Côte d’Émeraude, histoire de faire rimer mode et Bretagne et d’ajouter une touche glamour à l’image de la région qui en manque cruellement. Rendez-vous à Dinard, du 22 au 24 avril 2006.
RONAN LE FLÉCHER
Notes
[1] Èditorial de Dominique Artus et article “Marée bretonne à Paname”, de François Lemarié – À Nous Paris – septembre 2005
[2] Nelly Rodi qui préside l’agence de style qui porte son nom est à l’origine du lancement en 1994 de l’association Création Bretagne
[3] Armor Magazine – janvier 1997 – article “Christian Tournafol, le renouveau du costume breton”, par Morgane Beauverger




Commentaires
1. Le mercredi 8 mars 2006 à 18:11, par manava
2. Le vendredi 12 mai 2006 à 09:54, par ennorab
3. Le samedi 9 septembre 2006 à 11:49, par klervi
4. Le mardi 31 octobre 2006 à 14:57, par glen
5. Le samedi 25 novembre 2006 à 19:22, par David
6. Le dimanche 4 mars 2007 à 22:04, par Jord Kalon
7. Le lundi 5 mars 2007 à 17:33, par Herve LE BEC
8. Le mercredi 7 mars 2007 à 12:23, par Ronan Le Flécher
9. Le mercredi 7 mars 2007 à 12:28, par Ronan Le Flécher
10. Le mercredi 7 mars 2007 à 12:37, par belon
11. Le lundi 19 mars 2007 à 10:51, par david
12. Le mardi 1 mai 2007 à 22:54, par breizh
13. Le mardi 22 mai 2007 à 19:04, par fafa
14. Le samedi 26 mai 2007 à 17:32, par may
15. Le mardi 4 septembre 2007 à 16:13, par bigouden
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