BRETAGNE, TERRE DE RÉSEAUX
Par Ronan Le Flécher,
samedi 1 octobre 2005 à 15:15
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François Pinault, Yves Rocher, Edouard Leclerc, Jean-Pierre Le Roch, Vincent Bolloré, Louis Le Duff, Robert Lascar, Jean-Guy Le Floch ou les frères Guillemot. La Bretagne est une terre d'entrepreneurs et de réseaux d'entreprises constitués autour de ces grands noms. On connaît Produit en Bretagne, moins l'Institut de Locarn. Le Club des Trente reste nimbé de mystère.

Ici, la culture des réseaux n'est pas un vain mot, ni d'ailleurs la capacité à se mobiliser et à entreprendre. Les mouvements coopératifs dans le monde agricole n'ont-ils pas été très précoces et très dynamique dans la péninsule armoricaine ? La région n'a-t-elle pas été une pionnière de l'intercommunalité, et aussi une championne du développement local ? Forte du sens du collectif très fort d'un patronat ancré dans sa région, les entreprises bretonnes savent travailler en réseau.
Un réseau de décideurs engagés dans leur territoire : Produit en Bretagne
La création de Produit en Bretagne, au début des années 90, reposait sur une idée de base : « Tout ce que nous faisons doit se traduire par du développement de l'emploi en Bretagne », explique Jean-Claude Le Gall, ancien président de l'association. Dès le début, y cohabitent industriels, distributeurs et quotidiens régionaux. A l'échelle des cinq départements bretons, Produit en Bretagne compte maintenant 170 entreprises adhérentes exerçant leurs activités dans l'agro-alimentaire, le textile, l'ingéniérie industrielle, le service, la distribution, les biens culturels et la création. Lors de son assemblée générale à Saint-Malo en février dernier, l'association présidée par le fondateur de la compagnie aérienne Britair Xavier Leclercq se targuait, d'une progression en 10 ans de 46% du nombre de ses salariés. Plusieurs chiffres permettent de mesurer le chemin parcouru par ce réseau de décideurs engagés dans leur territoire : 85 000 salariés, 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 2 000 produits qui portent le logo jaune et bleu Produit en Bretagne, vecteur d'accroissement des ventes de 5 à 15% pour ses adhérents. Acteur du dynamisme économique et culturel breton, l'association Produit en Bretagne a entrepris de muscler sa communication par le biais de prix culturels, d'événements (Fest Yves Gouel Erwan, Brest 2004), d'opérations commerciales et d'une présence renforcée auprès des médias.
Pour en savoir plus : www.produitenbretagne.com
Un think tank à la bretonne : l'Institut de Locarn

Installé dans un ancien corps de ferme entre Guingamp et Carhaix, l'Institut de Locarn a soufflé ses dix bougies l'an dernier. Centre de réflexion pour une Bretagne ouverte sur le monde, structure originale de formation pour cadres supérieurs et dirigeants d'entreprises, créateur de lien entre les acteurs économiques de la région. L'institut fondé par Joseph Le Bihan, ancien professeur de géostratégie à HEC, et Jean-Pierre Le Roch, fondateur d'Intermarché, représente tout cela à la fois, mais porte avant tout la marque d'une forte identité culturelle. Ce think tank à la bretonne oeuvre au développement de la Bretagne dans toutes ses dimensions notamment au plan économique. « Une des vocations de Locarn est de servir de lieu de négociation neutre et discret, où peuvent se rencontrer des personnalités économiques et politiques », confiait Jo Le Bihan lors de la création de l'institut. L'influence de l'organisation déborde largement sur la sphère politique, comme en témoigne la présence parmi les 300 invités pour l'anniversaire de l'institut en septembre 2004 du président de la région Bretagne Jean-Yves Le Drian, du ministre François Goulard et de l'ancien Garde des Sceaux Pierre Méhaignerie. Le dernier vendredi du mois, chefs d'entreprises et décideurs économiques se retrouvent à Locarn pour évoquer un thème, le plus souvent lié à la prospective[1]. Exclusivement financé par les cotisations de ses membres (de 2 300 à 15 000 euros), l'Institut de Locarn compte dans ses rangs des décideurs économiques bretons de tout premier plan dont Jean-Jacques Hénaff (pâtés Hénaff), Pierre-Yves Legris (Legris Industries), Patrick Le Lay (TF1) et bien sûr Alain Glon (groupe Glon), qui a succédé à la présidence de l'Institut de Locarn il y a sept ans à Auguste Génovèse, ex-directeur de Citroën à Rennes.
Pour en savoir plus : www.institut-locarn.com
Le Club des Trente, nouveau mythe breton
Artisans du miracle breton ou porte-drapeaux de son dynamisme économique, la plupart des grands patrons armoricains sont membres du Club des Trente. La paternité de ce nom revient à Jean-Pierre Le Roch - encore lui - en référence au Combat des Trente où le 27 mars 1351, pendant la guerre de Succession de Bretagne, s'affrontèrent les clan de Jean de Montfort et de Charles de Blois dans un combat historique entre Josselin et Ploërmel. Né à Pontivy en 1989 à l'initiative d'Yves Rocher notamment, le Club des Trente constitue un groupe restreint - aujourd'hui une soixantaine de membres parmi lesquels figurent Le Duff, Roullier, Bolloré, Glon ou Le Calvez - de réflexion et d'action au service de la Bretagne. Ces nouveaux « chevaliers de l'économie » se retrouvent deux à trois fois par an en séance plénière, plus fréquemment en comité restreint. L'ouvrage Le miracle breton (Calmann-Lévy, Paris, 1996) nous apprend que « les patrons qui composent le Club des Trente répugnent à en parler. Il est pourtant devenu, au fil du temps, un nouveau mythe breton. Un mythe de la puissance régionale ». S'ajoute une aura de mystère entretenue par ce cercle du pouvoir breton qui n'a officiellement ni structure, ni statuts, ni compte en banque, ni siège. Difficile d'évaluer la portée des actions du Club des Trente, véritable groupe de pression auprès des pouvoirs publics sur certains dossiers tels le prolongement jusqu'à Rennes du TGV Atlantique. Ce lobby de grands capitaines d'industrie s'est également signalé par le lancement de Passeport Bretagne qui met le pied à l'étrier à de jeunes entrepreneurs bretons.
La diaspora aussi
La région parisienne abrite près d'un tiers des membres du Club des Trente. Pas étonnant donc que la crème des décideurs économiques et politiques bretons se retrouvent parfois au Club de Bretagne. Sous la houlette de Guy Plunier, ce réseau voit défiler chaque mois les personnalités bretonnes en vue de Michel-Edouard Leclerc, Vincent Bolloré à Denis Seznec en passant par Patrick Poivre d'Arvor qui arbore à l'antenne de temps à autre la cravate du Club décorée d'hermines. Si les Bretons expatriés savent se mobiliser et coopérer dans le cadre d'actions collectives au travers de la myriade d'associations, la diaspora bretonne manque d'un véritable leadership. L'association Paris Breton qui rassemble des membres venus d'horizons divers a pris l'initiative de combler ce vide et s'est illustré par un colloque et une étude sur les Bretons d'Ile de France, afin que la diaspora pèse dans le débat.
Pour en savoir plus : www.parisbreton.org
Ronan LE FLÉCHER
Notes
[1] On peut mentionner l'enquête Quelle région voulons-nous ?




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