Issu d’une famille de marins pêcheurs établis à Concarneau à la fin du XIXème siècle, Jean Picollec se rêve d’abord en officier de marine ou en reporter de guerre. Mais c’est au royaume des livres que ce premier prix du concours général d’histoire trouve sa vocation. En 1966, il entre à la direction générale de Larousse où il est chargé des études de marché. En 1971, il quitte la prestigieuse maison pour co-fonder avec un ami les éditions Moreau. En 1978, les éditions Picollec voient le jour avec l’idée de "publier des documents d’histoire contemporaine et une bibliothèque celtique". Être éditeur ? "Toujours vivant, toujours indépendant, toujours sur le fil du rasoir", rugit-il.

Picollecture

Les premiers chapitres de son existence, Jean Picollec les vit en Cornouaille puis à Tanger où son père est douanier maritime. Étudiant à la Sorbonne, il réside à la cité U d’Antony où l'un de ses voisins de chambre n'est autre que Lionel Jospin. Dans son travail, Jean Picollec aime s’entourer de femmes même. L’une de ses précieuses collaboratrices vient de le quitter pour la bonne cause : elle a épousé l'écrivain Yann Queffelec. Membre de cinq prix littéraires (dont le prix Breizh), Picollec est le premier à avoir donné sa chance à des auteurs qui ont tracé leur sillon, de Jean Montaldo à Pierre Péan en passant par Irène Frain. Au fond, il édite ce qui lui plaît : "des ouvrages d’histoire ou de politique liés au terrorisme et aux guerres". Impossible de citer l’ensemble des titres "passés à la Picollecture".

Le 26e salon du livre de Paris de mars a levé le voile sur les derniers titres de l'édietru breton : "Les racines de l’Europe sont-elles chrétiennes ou musulmanes ?" de Guy Rachet, "René Bousquet, l’homme et Vichy" par Guy Bousquet, un livre de Jean Bothorel sur Vincent Bolloré et un recueil de 200 QCM sur la Bretagne du Baulois Jean-Pierre Collignon. La devise de Jean Picollec parle pour lui : "Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que cent ans comme un âne, même si on passe des années de chien".


Repères

1938 : naissance à Port-Lyautey (Maroc)
1939 : installation à Concarneau
1948 : départ pour Tanger
1966 : entre chez Larousse
1971 : co-fonde les éditions Moreau
1978 : crée les Editions Picollec
1987-1992 : dirige en parallèle les éditions de la Table Ronde
2001 : publie "Au nom d’Oussama Ben Laden"


Picollec à bâtons rompus

RLF - Êtes-vous un gros lecteur ?

JP - Je lis énormément de journaux.
D'ailleurs, j'ai commencé à lire Ouest France et Le Télégramme dès l’âge de 9 ou 10 ans. J’ai beaucoup de copains qui m’offrent des livres et je suis membre de cinq jurys littéraires : le prix Breizh, le prix de la fédération de France, le prix Rabelais, le prix de la gendarmerie et le prix du premier roman au Québec dont je suis le seul européen membre.

RLF - Le meilleur livre 2006 ?

JP - Ce n’est pas le Goncourt.  La majorité des gens a fait comme moi et
l’ont feuilleté. Peu de critiques l’ont lu.

RLF - Votre plus beau souvenir littéraire ?

JP -
Pour son rythme et son ambiance, "L’étranger" de Camus que j'ai lu à 18 ans.  Les deux premiers livres que j’ai dévorés sont Pêcheurs d’Islande de Pierre Lotti et les deux volumes de Strogoff. Si j'étais sur une île déserte, j’emporterais « Les fables de la Fontaine » et « Les caractères » de Labruyère

RLF - Le livre que vous avez envie de relire ?

JP - Je ne relis pas par plaisir. Je survole, je recherche quelque chose. À 20 ans, j’avais bien aimé « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan.

RLF - Quel est votre plus gros succès d’édition ?


JP - Le livre de Roland Jacquard "Au nom d’Oussama Ben Laden", sorti en septembre 2001 après l’attentat contre le World Trade Center. Il s’est vendu à 83 000 exemplaires en édition courante, 40 000 en livre de poche et 7 000 en édition-club. C’est devenu un best-seller mondial avec des traductions en 26 langues. J’ai même découvert une version pirate à Buenos Aires et une autre en arabe qui émanait d’une maison d’édition du Hezbollah !


RLF - Quel livre édité par les éditions Picollec vous rend le plus fier ?

JP - "Famine" de Liam O’Flaherty, l’un des plus grands écrivains irlandais du XXème siècle. Lorsque cet auteur est mort, Le Monde a écrit que ce livre était un véritable chef d’œuvre.

RLF - Votre regard sur l’édition en Bretagne ?

JP - Mes confrères de Bretagne font des livres de qualité sur des sujets variés. Dans les années 80, les éditeurs bretons ont quitté l’amateurisme et la confidentialité. Ce sont de véritables professionnels qui n’ont plus à rougir de leur production. Je tiens à souligner le rôle majeur qu'ont joué Bernard Le Nail à la tête de l’Institut Culturel de Bretagne et d’Yvonig Gicquel chez Coop Breizh.


RLF - Même si c’est globalement un plaisir, qu’est ce qui vous pèse le plus dans votre métier ?

JP - La qualité des manuscrits dont m’accablent les sous-poètes de canton.


RLF - Contre quelle idée reçue sur votre métier souhaitez-vous réagir ?

JP - Contre l'idée que les éditeurs ne lisent pas leurs livres. Et aussi qu'ils éditent par copinage ou pour les faveurs des jeunes femmes qui proposent des manuscrits.

RLF – Quel a été votre rôle dans la liste Breizh Europe lors des élections européennes de 1979 ?

JP – J’ai constitué cette liste qui défendait le fédéralisme et les thèses bretonnes. Nous avions, selon Le Monde, la liste la plus prestigieuse avec le roi de l’agit prop Jean Edern Hallier et des figures comme Xavier Grall, Glenmor ou Yvonig Gicquel. Au final, nous ne nous sommes pas présentés. Je me figurais en 53e position et la dernière place était occupée par Gwenn-Aël Bolloré. À l’occasion de ces élections, nos liens sont devenus très forts. Gwenn-Aël est l’être le plus exceptionnel que j’ai rencontré, un honnête homme jamais bas ni mesquin. Né gosse de riche, il aurait pourtant pu se laisser vivre.

Propos recueillis par Ronan Le Flécher